Depuis ma démission, je reprends goût à la vie. Terminé les couchers-tôt avec ce vilain cafard qui me serrait le cœur, fini les rages inextinguibles qui me traversaient des journées entières, terminé les yeux qui brûlent et l’angoisse au ventre. Je respire enfin, j’ai du temps pour faire des choses qui me tiennent à cœur, pour nettoyer et ranger mon intérieur, pour rêvasser et ne rien faire aussi. Allongée sur le lit, les séries télé s’enchaînent, je redécouvre Friends, je me repeints les ongles, je grignote des Dragibus, je fais tourner quelques lessives, j’arrose mes plantes, je fais des calinettes à mon ‘chon d’inde, je me grille une cigarette, je gratouille ma guitare, je gribouille quelques mots sur mon journal. Pendant ce temps, à Verra Cruz, les gens travaillent, se font engueuler par des patrons vicieux, gagnent de l’argent à la sueur de leur front. Moi je médite sur mon avenir. J’ai quelques mois de vacances en perspective : Greenwitch Village, Heraklion, et l’Océan Atlantique me font de l’œil, et me tiendront compagnie ces trois prochains mois. Je me sens incroyablement libre.
A la question : tu vas rechercher un boulot ? Pour le moment je réponds NON. Pas question. Je préfère ne pas manger et m’habiller en souillon plutôt que de retourner là-bas. Des 9h-20h avec des inconnus, à prêter sa cervelle et à bousiller ses yeux sur un écran, c’est désormais hors de portée pour moi : ça m’a usé. Je n’ai plus le courage de continuer où de recommencer. Faire semblant de s’intéresser, faire semblant d’appartenir à une entité, faire semblant de réussir… j’ai l’impression de m’être perdue si longtemps !
Évidemment, je me demande si je ne suis pas trop vieille pour me lancer là-dedans. Mais je sais que je n’étais pas mûre jusqu’à présent. Il est difficile d’être une femme dans cette société à laquelle nous appartenons ; il semble que la trentaine soit une espèce de barrière infranchissable lorsque l’on veut se frayer un chemin dans une profession qui exige d’être en concurrence avec des minois de 16 ans.
Pour éclaircir un peu le tableau, voici ce que j’ambitionne pour cette rentrée prochaine. Prendre des cours de théâtre, afin d’en finir avec le souci de soi. Apprendre à donner ce que j’ai dans le ventre, et libérer l’émotion qui bouillonne dans mes tripes. Trouver un bon guitariste, afin de m’aider à composer des musiques intéressantes qui ressemblent à ce que j’entends dans ma tête. Et écrire. Ecrire, écrire, écrire. Oui, je sais, j’ai été particulièrement absente ces derniers mois… et pour cause, je n’avais plus la bonne teinte. J’aimais déguiser ma détresse derrière ce franc sarcasme, ou énoncer des opinions sur certains sujets… sur lesquels j’ai tellement bavé que je n’ai rien à ajouter. Ou alors ais-je mûri, pris de la distance. Ca change tellement de choses d’avoir franchi le cap…
Qui sait si je regretterais ce tournant un jour. Mais pour le moment, je n’ai aucune inquiétude. C’est juste un peu déroutant de n’avoir pas de franche légitimité dans ce créneau artistique. Mais enfin, personne ne vivra ma vie à ma place… alors Hauts les Cœurs !