WANTED: Mode d'emploi de la Vie. Etats d'âme sensibles et cyniques pour rigoler un peu et réfléchir beaucoup. Avertissement: La Maison ne sert pas de jus de Goyave. Merci.
Quand j’avais 20 ans en l’an 2001, je n’avais pas un sou en poche. Je vivais dans une microscule chambre de bonne sous les toits d’un quartier parisien huppé, et je traversais le local-poubelle avant de monter sept étages à pied pour y accéder. Arrivée là-haut, je pouvais enfin jouir d’un panorama d’exception (en se démanchant le cou à droite, on apercevait la pointe de la Tour Eiffel dans le couchant) à travers ma persienne toute-de-calcaire-entartrée.
Je ne vivais pas là par snobisme, mais parce que c’était le moins pire de tous les studios que j’avais visité, mais aussi, le seul qui se trouvait à proximité d’un commissariat. Vous me direz que c’est un critère que vous n’aviez jamais songé à prendre en ligne de compte dans vos prospections immobilières. Effectivement, il n’existe aucun onglet « Proximité immédiate d’agent de la force publique » à cocher sur Seloger.com. Mais traumatisée par un certain nombre de déconvenues au retour de mes soirées de service de table, j’avais fini par y voir un incontournable critère de recherche. J’ai donc loué ce studio (enfin, cette « studette tout confort »), malgré son papier peint de 1930 décollés par la moisissure, ses refoulements de canalisation (le charme de l’ancien), et son chemin d’accès peu orthodoxe. Mais je trouve qu’il valait mieux que celui visité à Nation qui abritait des junkies, ou celui du côté d’Oberkampf qui, comme le suggérait le propriétaire, était chauffé par le mini-four. J’étais donc heureuse en signant le bail.
A cette époque donc, sans le sou, je découvrais Ed l’Epicier et Leader Price avec une foi grandissante dans le fonctionnement de notre industrie agro-alimentaire. Cette nouvelle collaboration avec la vie-moins-cher me paraissant fort intéressante ; je me trouvais moult système D pour égayer ma vie d’étudiante fauchée. Y compris ce qui concernait l’apparence. Avec des cheveux comme les miens (qui cassent lorsqu’on les coiffe, qui graissent lorsqu’on les lave, qui moussent lorsqu’il fait chaud, et qui pendent la majorité du temps) j’avais déjà fait le tour des grandes enseignes de coiffure, et connu tous les désastres capillicoles imaginables. Le trop court, le pas droit, l’improbable, et le c’est-pas-c’que-j’vous-avais-demandé-ouiiiiiinnnnnnn… On imagine donc aisément que mon anxiété augmentait proportionnellement à ma longueur de cheveux. Jusqu’au jour où il devenait indispensable de faire une virée tragique chez un coiffeur, un autre, qui aurait taché de m’inspirer confiance.
Et puis un jour, l’un de mes amis Didgé m’appelle, m’annonçant qu’il travaille le week-end dans un grand salon parisien du palais Royal. Toni&Guy, ça s’appelait. Pfffrrrttt.. Antonienne quoi ?! C’est qui celle-là ?! (…mais ça évidemment, je l’ai pas dit à voix haute, hein, ça l’fait pas du tout devant un Didgé !) Il m’a gentiment indiqué l’adresse afin que je puisse lui faire une petite visite surprise et m’imprégner de l’ambiance branchouille du salon très british-pop-yeah.
Ce jour là, il y avait également d’autres fillettes, dont une dont je me souviens particulièrement : Rebecca. Avec sa merveilleuse chevelure noire et ondulée jusqu’à la pointe du fessier, elle a tenté l’expérience Toni&Guy pour épater Didgé. Je préfère vous épargner les détails du triste spectacle de la chevelure qui se répand sur le sol tandis que le coiffeur s’éclate, et les larmes mal dissimulées de la mignonne qui s’est retrouvée avec une tignasse très… avant-gardiste. Évidemment, la folle, elle y est allé comme une psychopathe. Didgé lui a dit : « Tu vas voir, c’est top-tendance, Julia, Maxine et Salomée l’ont déjà fait elles ont des coupes de ouf… ! ». Et Rebecca, elle ne s’est pas demandé un instant pourquoi justement on ne voyait plus Julia, Maxine et Salomé depuis 15 jours. Elle a juste fait la maline, elle a choisi le coiffeur le plus gradé (il y a des grades de coiffeur chez T&G, où je signale que le plus taré est aussi le plus cher) façon : « Chui hype, rien n’est trop beau pour ma crinière, je suis une tête brûlée, je sais ce qu’est le style, han ! » Et pfffuiiit. Plus de cheveux.
A ce moment-là, je me suis dit que j’avais mieux à faire ailleurs, et que les vapeurs de shampooing ramollissaient probablement le cerveau.
Quelques mois plus tard, dans le milieu djeuns’cool, on raffolait partout de Toni&Guy. D’ailleurs, les crêtes des tecktoneurs ne sont que les petits fillots de la crête du grand coiffeur. Et avec ma copine Lolotte, en mode « système D » tout comme moi , nous avons décidé de servir de modèle aux jeunes coiffeurs de l’enseigne. Plus dangereux encore que la version « payante » de la coupe de cheveux ? Pas si sûre. Le soir, lorsque le salon est fermé et que les profs supervisent, il n’y a pas de Didgé qui nous observe, et on peu envisager de décamper du salon en hurlant. On ne peut pas faire ça en temps normal, et passer pour quelqu’un d’équilibré (d’ailleurs, il est paradoxal de penser qu’on vous trouve plus sain d’esprit à rester contempler le massacre sans mot dire…).
Je vous fais grâce du suspens. Le résultat était magique. Pour la première fois de toute ma vie, je suis sortie souriante du salon, avec une coupe qui m’allait. Avec une coupe reproductible le lendemain sans passer deux heures devant la glace avec mon fer à lisser. Avec une coupe qui m’allait, tout simplement. Et pareil pour ma copine Lolotte. Et non, n’en déplaise à ceux qui se foutent de ce qu’ils ne connaissent pas, nous n’avions pas l’air de deux clones, de deux putes-à-frange, ou je ne sais quelle autre gracieuseté. Deux personnes distinctes, deux coiffures personnalisées, tendance, mais pas too-much. Juste parfait.
Bonjour, je m’appelle Louiz, et je suis Toni&Guyholic. Cela fait presque 7 ans que je fréquente le salon, et j’ai enfin dompté mes cheveux. Je ne suis jamais tombé sur un maniaque qui m’a fait la tête à l’envers (comme sur les photos que j'ai ajouté pour vous effrayer, et qui font également partie du panel de coupes potentielles que vous pouvez effectivement vous retrouver à porter en sortant si vous ne supervisez pas les accès créatifs de votre styliste... je vous rassure, je ne suis pas sortie comme ça > j'ai dit "souriante" !), et comme chez tous les coiffeurs, je viens avec une idée en tête et j’explique ce que je veux. Je ne donne pas « carte blanche » comme une bouffonne, je discute avec le monsieur ou la madame qui tient les ciseaux. Et tout se passe à merveille.
Ce qu’il y a de si épatant chez eux, c’est la formation de base qu’ils reçoivent et qu’ils adaptent en fonction des souhaits des clients. Ils travaillent intensément sur la texture du cheveu, et en ce qui me concerne, je ne suis plus obligée de faire un brushing chaque matin, grâce à cette approche architecturale de mes tifs.
Evidemment depuis, je suis passée côté « cliente », car mon salon d’essai a fermé. Donc, je paye. Et ça n'est pas donné-donné. Mais ils me servent une boisson, ils me donnent des magasines, ils écoutent ce que je leur demande, ils me font des masques capillaires et mettent tout plein de jolis produits qui sentent bon sur mes cheveux sans aucun supplément, ils m’appellent par mon prénom, ils sourient, et je ne pleure pas en ressortant. Le service vaut son prix.
Tout n’est donc pas à jeter sur la planète hype. Mais d’ailleurs, avec toutes ces bougies à souffler, T&G est peut être passé de hype à vintage ???
çà m'a ramené 35 ans en arrière. à cette époque j'ai du habiter la mâme studette à moins qu'il y en ait beaucoup d'autres. pour le coiffeur j'avais trouvé la solution, je ne me regardais plus.et puis avec le temps tout çà s'est arrangé.
Oups ! je connais pas cette enseigne..doit pas y en avoir dans le sud..en tous cas je connais la larme qui roule quand on sort de chez le coiffeur....j'me suis trouvée une aussi , pas hype , mais avec qui je négocie (quand je dis pas plus d'un centimètre c'est pas plus d'un centimètreçç)j'ai droit aussi à une toite boisson et la conversation!le pied quoi!biz=)