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WANTED: Mode d'emploi de la Vie. Etats d'âme sensibles et cyniques pour rigoler un peu et réfléchir beaucoup. Avertissement: La Maison ne sert pas de jus de Goyave. Merci.

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Parie ce que tu veux, Paris perdu

            Vingt-cinq ans que je vis à Paris, vingt-cinq ans que je ne rêve que d’herbe fraîche et de crottin de cheval. J’ai été élevé dans un univers où talons aiguilles et de rangers pourries se fréquentent en douce dans mon placard. La semaine sous les pots d’échappements, le week-end sous les grands chênes, et mon cœur entre les deux. Sauf que je vis à Paris, que je rêve de m’expatrier (oui, « expatrier », parce que passé le périphérique, on peut considérer qu’on entre dans… la jungle ?), et qu’à force de rester coincée ici, il va falloir que je troque mes stilletos contre des tenues de camouflage. Explications.
 
           J’ai eu le privilège de grandir dans de beaux quartiers parisiens. Ce que d’aucuns pourraient considérer comme un cadre propice à l’épanouissement d’une jeune femme s’est avéré de plus en plus dangereux au fil du temps. J’en veux pour preuve trois agressions en trois ans, dont les procès verbaux sont archivés dans mes classeurs – car je suis une adulte organisée. Vivre à Paris est devenu une affaire risquée contre laquelle il convient de prendre des mesures. Les discours s’adaptent et se réadaptent au fil du temps et comme le vent tourne. Les femmes se couvrent, les hommes se voilent… les yeux. On finirait presque par essayer de nous convaincre qu’il est normal de vivre ainsi ; avoir peur de se promener la nuit, avoir peur de se promener seule, avoir peur tout court. Pour ma part, j’ai renoncé à toute forme de parure féminine passé 22h, attitude qui tend à se généraliser chez les femmes de mon entourage. Paris craint, et je crains Paris.
 
           Il y a quelques années, une amie qui se faisait soigner après une effroyable tentative de viol, s’était vue reprocher sa tenue par l’infirmière qui dispensait les soins. Outre le fait que ce soit sûrement la chose la plus scandaleuse à dire à une victime en de telles circonstances, cette amie sortait d’un diner d’affaire, et était en tailleur. Un tailleur jupe. Jupe, objet du délit, pièce à conviction de l’affaire du racolage passif, appel au viol.
           Il y a quelques jours, une autre de mes amies était cloitrée chez elle, paralysée par la peur, car elle se faisait harceler par un malade qui avait trouvé ses coordonnées. Il sonnait à sa porte depuis 20 minutes lorsqu’elle a appelé police secours, qui lui a dit d’appeler le commissariat de quartier, qui lui a dit de venir déposer une main courante.
           Il y a trois ans, je me suis moi-même faite agressée et voler mon téléphone. J’ai déposé une plainte, et quelques mois plus tard, j’ai reconnu le voleur sur le trottoir. Je me suis cachée pour appeler la police, qui l’a arrêté, et ils m’ont proposé… un entretien en face à face avec l’agresseur… afin de confronter nos versions. Et je ne sais pas si c’est cette fois là que j’ai été la plus choquée, ou lorsque pour déposer une plainte pour tentative de viol, ils m’ont demandé : « Vous avez une preuve ? » avant de me débouter.
 
           Je termine par l’histoire d’une collègue d’un membre de ma famille, qui a été harcelé des semaines durant par téléphone. Après avoir déposé la fameuse main courante manifestement requise dans ces situations là, et lassée de menaces et d’insultes, trois de ses meilleurs amis ont proposé de régler son compte au type. Elle a donc accordé un rendez-vous à son interlocuteur mystère, qui s’est retrouvé cerclé et qui a donc probablement reçu ce qu’il méritait (un nouveau nez et quelques côtes flottantes…). Excessif ? Règlement de compte à l’emporte pièce ? Chacun pense comme il veut, sauf que le charmant jeune homme était armé d’un tournevis. Mais cela ne l’a pas empêché de porter plainte contre la demoiselle, par ailleurs jeune maman célibataire, qui a pris 5 mois de prison avec sursis au cours de cette affaire. CQFD.
 
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