L’idée reçue selon laquelle le physique avantageux sert la demoiselle, se vérifie à perpétuité. Mais « à perpétuité » pour l’esthétisme, et malheureusement pas pour la personne. Le temps fait son œuvre et ôte bien des charmes à celles qui se sont habituées à cette plus value du sort. Comme dit le chanteur : « Les jeunes filles qui ont de la chance deviennent de vieilles femmes » Cependant, il est inutile de prendre 10 ans pour reconnaitre – pour peu que l’on soit de bonne foi – que la jeunesse ne fait pas tout. Par exemple, je vais acheter une brique de lait au supermarché. Celui-ci se trouve approximativement à 300 mètres de chez moi, en contournant les travaux sur la chaussée d’en face. Je suis contrainte de passer devant un groupe d’hommes en rut ouvriers, et l’idée même m’angoisse d’avance. Entre autres sifflements, je sais que je vais ouïr quelques remarques salaces qui vont me glacer le sang.
Ma tenue de combat se compose alors d’un yogging XXL bordeaux informe et délavé, une paire de basket boueuse, un grand pull à capuche mité datant des années 30 (c’est très vintage), un tapon de cheveux emmêlés au dessus de mon crane, et deux petites poches violettes sous mes yeux bouffis (il faut toujours peaufiner les détails). Lorsque je passe devant ces messieurs, j’obtiens très exactement le résultat escompté : aucune perturbation dans leur système hormonal.
Deux heures plus tard, après le ravalement de façade de rigueur pour le bureau, je repasse devant ces mêmes messieurs, mais cette fois en tailleur, maquillée et coiffée. Ces derniers se comportent alors étrangement, semblant avoir repéré subitement une proie potentielle, et agitent leurs marteaux piqueurs de plus belle en crachotant des insanités et se tapotant la bedaine.
Et dire que certains continuent de penser que c’est flatteur.
Il y a deux ans, j’avais fait le test de me décolorer la crinière en presque-blonde. Le résultat fut éloquent : les voitures s’arrêtaient à mon passage, les voisins me tenaient la porte, certains me laissaient m’asseoir dans le métro bondé. Je sais désormais que la vie est plus galante en blonde. Ce qui ne m’a pas empêché de recouvrer ma teinte naturelle avec un grand soulagement.
Pourtant, que penser de ces flagrantes injustices ?! Lorsque certains s’insurgent de se voir refuser l’accès en boîte de nuit parce qu’ils ont une couleur de peau différente, ils peuvent saisir la HALDE pour discrimination, et espérer voir
les mentalités changer au fil des ans. Mais qu’en est-il des « moches » auxquels on rabâche « Je crois que ça va pas être possible » depuis 10 ans sur le seuil du 7, rue du Bourg l’Abbé, simplement parce qu’ils sont nés avec un poireau sur la tronche, un bec de lièvre, un nez busqué, des petites jambes, des cheveux filasses ?! Qui va les soutenir et les réconforter ?! Il n’existe pas d’associations destinées à faire reconnaitre le droit des gens au physique non conforme aux canons actuels !
D’autre part, si on y regarde de plus près, qui n’a pas déjà critiqué une star de cinéma parce qu’elle n’était « pas si belle que ça » ? Qui n’a jamais jeté un œil discret à la couverture de Closer de son voisin de métro pour se réjouir de la face boutonneuse de Cameron ou la cellulite de feu Lady Di ? Nous voudrions que toutes les publicités ressemblent à la campagne Dove, mais nous sommes probablement les premières à critiquer un mannequin que l’on trouve vilain !