WANTED: Mode d'emploi de la Vie. Etats d'âme sensibles et cyniques pour rigoler un peu et réfléchir beaucoup. Avertissement: La Maison ne sert pas de jus de Goyave. Merci.
Tout à l’heure, tandis que je me pressais en direction du bureau, je me suis trouvée engagée dans un rétrécissement de la voie piétonne. Le genre d’espace qui laisse à deux individus suffisamment d’espace pour ce croiser avec civisme, mais trop peu pour ménager votre patience lorsqu’un importun se croit seul au monde.
Je ne vous cache rien, mon importun de tout à l’heure déboule dans l’étroite rigole, et se cale devant moi, parfaitement au milieu de la voie. Soit. Mais à 2km/heure, ça peut finir par agacer la gentille demoiselle que je suis. Il est au téléphone, et je distingue sa voix grossière qui s’esclaffe. Je hasarde alors un « Pardon ! ». Rien de se produit. J’essaye de serrer à droite, il serre à droite. J’essaye rapidement par la gauche, et il bascule… On dirait qu’il y a un capteur dans son dos, où que son large corps est aimantée. Je retente un « Pardon ! » plus appuyé, mais il poursuit son chemin sans prendre garde à mon slalome de gauche et de droite. Je piaffe, j’essaye de feinter, et finit par claquer des talons afin de me faire entendre, mais c’est peine perdu ; le grossier personnage poursuit sa conversation avec son interlocuteur.
Comment se fait-il qu’en l’espace de 52 secondes, je me sois transformée en petit Pimousse ? Par quel étrange processus interne ais-je pu muter en mini-furie ? Comment notre société actuelle peut-elle faire de nous des esclaves de la mauvaise humeur ? Simplement en incitant le quidam à pratiquer les règles de base de la gougeâtrie et du manque de civisme. En nous faisant croire que nous avons tous les droits de n’être personne : un vulgaire paradoxe qui clame que d’une part, nous sommes un mouton immergé dans la masse, sans poids, sans voix, et d’autre part, une protubérance ombilicale enflée de narcissisme ?! Argh…
J’en reviens à mon calvaire urbain. Ce cher Monsieur monopolise le demi-trottoir, et, excédée, après avoir tenté la banale palette de grommèlements à mi-voix (« Mais il va pas se pousser, c’est pas vrai, je suis pressé… ») et de soupirs bruyants en tous genres, je pose là un « Pardon ! » de 5 décibels bien tapés. L’individu freine et se retourne à moitié, le téléphone scotché à l’oreille, et me regarde outré, comme si je venais de lui coller une main au cul… !
Plus tard sur le même trajet, j’emprunte l’ascenseur de l’immeuble à un homme qui en descend.
Il sort de la cabine, et me dévisage. Je lui souris et le salue oralement : « Bonjour ! ». Quelle ne fut pas ma surprise de le voir détourner les yeux et se défausser sans réponse !
Enfin, il y a encore quelques gens bien élevés en ce bas monde. Par exemple, ce jeune homme croisé l’autre jour à la sortie du métro. Il m’a vu arriver, et du haut de ses 17 ans, s’est reculé pour me céder galamment le passage. Diantre ! Que la vie est agréable lorsqu’on se comprend de la sorte ! C’est alors que le jouvenceau m’assène tout sourire : « Allez-y Madame, je vous en prie ! » … … … > MADAME ?!?! Argh ! Mais il veut m’assassiner ce sale petit puceau ?!!!