Ce week-end, mon homme et moi-même nous sommes rendus à la Fnac, en grand désespoir de n’avoir pas de film en réserve pour accompagner notre Quick du dimanche. Décès impromptu (et parfaitement inopportun) du disque dur externe, vidéothèque épuisée, programmation TV médiocre… il n’en fallait pas tellement plus pour nous propulser dans ce temple du DVD, à la recherche d’un prix vert intéressant. Je tombe en arrêt devant les coffrets de Six Feet Under : toutes les saisons proposées à un prix défiant toute concurrence. Alors j’ai dit banco.
De retour à la maison (avec escale pour acheter notre régime grossissant), je me glisse dans l’épisode 1 de la saison 2. Parfaitement glauque. Et voilà qu’à un moment M, l’un des personnages réplique : « J’ai passé les 15 premières années de ma vie à prétendre que j’étais comme-ci, et les 15 suivantes à m’occuper de mon frère, et je ne sais toujours pas qui je suis. » Le Choc.
Je suis devant ma glace, je m’observe. Cette fois je ne regarde pas mes imperfections, ma coupe de cheveux ratée, mon maquillage qui fout le camp. Je regarde mes épaules voutées, mes yeux ternes, ma mine crispée. Je vis une crise existentielle. Depuis toujours. C’est après ça que je cours sans fin. Comment donc pourrais-je savoir ce que je veux faire si j’ignore qui je suis dans le fond. Je peux relever mes principaux traits de caractères, mais si on regarde de plus près, ils sont strictement réactionnels. Ce ne sont pas des traits de personnalité, mais bien des comportements, ce qui est très différent. Ma vie entière est basée sur ce que les psy appellent une « formation réactionnelle ».
Je vous soulage tout de suite, si vous ne vous reconnaissez pas, c’est juste une question de temps, car
nous en sommes tous là, dans le fond. La différence, c’est que je n’ai pas été suffisamment loin dans mon identification à ma formation réactionnelle. Par exemple, je n’ai pas de parents avocats qui m’auraient incité à devenir délinquante. Ou de parents médecins qui me rendraient malade. (Je sens que je vous ai perdu…)
Creusons davantage, ouvrons ma penderie. Côte à côte, des vêtements pliés impeccablement et aspergés de soupline, et des vêtements chiffonnés comme du papier mâché. Des bottes Harley Davidson à côté d’escarpins talon aiguille. Des jeans bousillés par-dessus de robes Tara Jarmon. Côté make-up, des soins Clinique jouxtent des crèmes expérimentales ramenées du fin fond de l’Inde Ayurvédique, du Kohl à paillettes mitoyen de gloss extra pur translucide. (Y’a-t-il encore un homme dans la salle ?!)
Explication : je suis une forme féminine, moderne et citadine de la schizophrénie. Je passe mon temps à me prendre pour ce que je ne suis pas. Comme une enfant qui se dit : je voudrais faire comme Untel, ou ressembler à Truc. Et je fonctionne par flashs : tel détail d’une personne va me donner envie de tout emprunter à la personne, ce qui ne fait que refléter mon vide intérieur. Je m’identifie à X au lieu de me trouver vraiment.
Ainsi, je passe de l’envie poignante d’être Barbie ; la plus parfaite possible, pas un cheveu de travers + régime draconien, à l’envie d’être une hard-rockeuse déjantée : je bois, je fume et je rote si nécessaire. C’est ainsi que je me définis comme une femme caméléon, et que je ne comprends pas et ne supporte pas qu’on me colle une étiquette. Le fameux « c’est pas ton genre » qu’on prends en pleine figure lorsqu’on annonce fièrement qu’on veut se faire percer la lèvre inférieur. Ce à quoi je réponds : « Si je le fais, c’est mon genre !! » Non mais.