WANTED: Mode d'emploi de la Vie. Etats d'âme sensibles et cyniques pour rigoler un peu et réfléchir beaucoup. Avertissement: La Maison ne sert pas de jus de Goyave. Merci.
Il m’a fallu des semaines entières pour arriver à adopter cette posture naturelle que j’ai maintenant avec Paul. Presque deux mois pour laisser toute cette affaire s’étouffer depuis que je lui ai dit qu’en fait, j’avais cru l’aimer, mais que ça n’était pas vrai. Il faut que je fasse croire que je m’en fiche, alors je dois apprendre quotidiennement à soutenir son regard. Je ne sais pas si il aimait vraiment Martine, mais il est moins proche d’elle ces derniers temps. Il est de nouveau proche d’Adeline. D’un côté, ça ne me facilite pas la tache pour l’oublier, de l’autre, je remercie le ciel pour ces instants volés avec lui.
Evidemment, mon cœur se consume d’amour pour lui, et parfois je rêve de tomber amoureuse de quelqu’un d’autre – j’ai cette étrange croyance qui me dit qu’avec un autre, ça serait plus facile. J’adule toujours sa photo le soir, et je note chacune de ses remarques dans un coin de ma tête afin de me repasser les films pendant les cours qui ne m’intéressent pas.
C’est plus facile d’être dans la même classe, de déjeuner, et même de prendre le car avec Paul s’il est convaincu que je ne l’aime pas, et moi je suis moins stressée. Petit à petit, l’écart entre nous se renfloue, et nous pouvons profiter à nouveau d’instants privilégiés lorsque nous rentrons le soir. Nous marchons côte à côte, et j’adore ça. J’hume l’air pour retenir son odeur, j’écoute très fort le moindre de ses mots pour ne pas les oublier, et pouvoir décortiquer les sens cachés qui seraient susceptibles de s’y dissimuler. Evidemment, j’y crois encore. Un jour, il devra bien m’aimer ; je l’aime si fort !
Hier pour la première fois, je suis rentrée seule avec lui. Nous sommes restés longtemps à discuter au pied de son immeuble, et il m’a confié beaucoup de choses sur ses passions. Je ne suis pas certaine de partager celle pour le basketball, en revanche, j’aime bien Michaël Jackson. Mais je n’ai pas vu Ghostbusters, alors il me raconte. Nous parlons aussi de la récente déclaration d’amour que m’a faite Marc, l’un de nos amis. Cette déclaration m’a mise très mal à l’aise ; nous devions écrire
un poème sur une personne de la classe, et Marc a écrit un poème sur moi, dans lequel il n’omettait pas de préciser qu’il était amoureux. Il l’a lu en public. J’étais tellement rouge que j’ai mis la tête dans les bras, et je me suis fait insulter par les filles « cools » parce que je n’osais pas lui répondre. Mais comment répondre publiquement que l’on-est pas intéressé ? Je ne suis pas de celles qui aiment à mettre des vents en public pour redorer son blason. Et je ne suis pas amoureuse de Marc, j’aime Paul, et j’ai tellement bien tué la rumeur, que tout le monde l’a oublié.
Pourtant là, sur le seuil de chez Paul, je suis vibrante d’amour pour lui. J’ai l’impression que ça transpire de mes yeux rivés sur lui, et qu’à tout moment sans prévenir je pourrais éclater en sanglots. Ses regards étranges ont recommencé, et je préfère ne pas trop m’attarder à envisager que quelque chose se soit déclenché chez lui.
Les jours qui suivent ressemblent à un conte de fée. Plutôt que Karl, obnubilé par beaucoup de
choses qui ne concernent que lui, Paul préfère la compagnie de Marc ces temps-ci. Et lorsqu’ils se chuchotent des choses à l’oreille en me regardant, je rougis mais je ne me sens pas mise en péril. Il n’y a rien de tel que la compétition pour motiver les hommes et leur donner du cœur à l’ouvrage. L’attention des deux garçons est rivée sur moi. Je suis une vraie princesse pour laquelle on se bat.
C’est mercredi matin que Marc arrive au collège avec un petit paquet pour moi. Il le dépose devant moi en cours de SVT, et je préférerais ne pas l’ouvrir, mais il me force la main en restant planté devant moi. A l’intérieur, je trouve un collier doré avec un cristal. C’est un bijou de mémé au brillant plastic, mais je sais que Marc a mis tout son cœur dans ce cadeau. Que dois-je faire ? J’ai à peu près deux demi seconde et trois centièmes pour trouver une échappatoire. Mais devant les pupilles tremblantes de Marc, j’empoche le cadeau avec un sourire en biais, que curieusement, Paul partage avec moi. Le soir même, ma mère m’intime l’ordre de rendre le cadeau, et je m’exécute le lendemain. Ma réputation de bourreau se confirme, mais Paul a l’air tout simplement ravi !
Il faudrait mettre ensemble Adeline et Marc, car je jurerais que sans cela, Paul et moi ferions un bond énorme. Par de timides touches délicates, il se rapproche de moi. Par principe, cela doit toujours paraitre hasardeux, mais je vois qu’il calcule autant que moi son placement à la cantine et dans le car. Ces moments à ses côtés, je ne peux plus nier qu’il en tire autant de plaisir que moi, je le sens dans la profondeur de ses regards, et à la promptitude avec laquelle il détourne les yeux !
Et puis lundi, lorsque je me suis installée à la première heure de cours, il s’est levé, et a déposé une lettre sur mon bureau, juste devant moi. Sans le regarder, j’ai saisit le pli et l’ai caché dans mon cartable pour qu’Adeline ne s’en aperçoive pas. Mon cœur s’est mis à battre si fort… si fort ! J’aurais voulu l’ouvrir mille fois, demander au professeur un sursit pour aller la lire aux toilettes… mais je ne veux pas la lire aux toilettes, non ! Je l’ouvrirais lorsque je serais seule, chez moi, sur mon lit, et que mon cœur pourra tressaillir de joie.