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WANTED: Mode d'emploi de la Vie. Etats d'âme sensibles et cyniques pour rigoler un peu et réfléchir beaucoup. Avertissement: La Maison ne sert pas de jus de Goyave. Merci.

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Les Chefs... Oui Chef !

1129294981patron.gif     Premier article depuis un demi-siècle… Je vous avoue que c’est un peu comme une première fois… Faut-il encore que je me souvienne si nous en étions au tutoiement…

    Depuis que je t’ai laissé errer sur ce blog, mon lecteur, sous le fallacieux prétexte galvaudé de la surcharge de travail, il s’en sont passé, des choses… Tellement que je vais t’épargner le récapitulatif, mais il faut garder en tête l’information principale : Alice en est revenue, du Pays des Merveilles !

    Il y a presque 5 mois, je pénétrais amicalement en territoire inconnu, et nul doute pour moi que cette terre promise m’ouvrirait grand les bras ; j’avais le badge magique qui ouvre toutes les portes, la carte de visite, le bureau et le casque neuf… et j’en avais oublié qu’il me faudrait montrer patte blanche – je veux dire, en plus de mes tailleurs de nonne. Mon drapeau blanc et moi avons frayé pendant quelque temps, avec courage et bonne humeur, à contre courant et en pleine tempête. Les premières éclaircies sont apparues après quelques déluges lacrymales non identifiés – le sacrifice de ses aspirations artistiques ne se faisant pas toujours en silence – et je n’étais pas loin de trouver mon rythme de croisière, jusqu’à mercredi dernier.

    Prenons un chef – que nous appellerons « Oui Chef ! »… et plus communément Le Chef – qui s’ennuie. Il s’ennuie Le Chef « Oui Chef ! » alors il réfléchit à ce qu’il pourrait bien trouver à redire. Et il trouve. Et il convoque sa petite nouvelle pour la sermonner sur un détail dont elle n’avait pas pris l’initiative deux jours plus tôt, et lui assène qu’elle n’est « ni réactive, ni pro-active ». Parce que c’est pas tout, mais faut mériter ses galons, quand on est Le Chef. Le Chef a le souci du détail, lui. Bref, je me prends un savon parce que je n’ai pas anticipé.

    Mettons ça sur le compte de l’inexpérience.

    Prenons une chef – que nous prendrons soin d’appeler uniquement au téléphone, à cause de son haleine – en mal d’exercice. La Chef rétrogradé a ça de particulier, qu’elle rumine son amertume au fond d’un placard. Lorsque La Chef trouve enfin une activité – une nouvelle arrivante, fraîche comme tout et pleine d’entrain – elle s’y emploie de tout son cœur. Bref, vous l’avez deviné (ou non), j’ai La Chef et Le Chef sur le dos le jour durant.

    Imaginez que Vendredi après-midi, je démarre une nouvelle mission. Nous recherchons :

- une magnifique pelle à tartes
- en argent
- très peu servie
- avec des petites dents à l’avant
- qui a déjà découpé des cakes aux fruits rouges

Sitôt briefée, je lance une recherche dans notre base de données (n’oublions pas que je dois impérativement me montrer proactive et réactive, c’est Le Chef qui l’a dit) pour identifier toutes les pelles à tarte en argent pas trop gondolées que nous connaissons. La liste sort et je la rattache immédiatement à la mission.

(La, c’est le week-end, mais ça ne concerne pas notre propos du jour)

     Lundi matin, nous démarrons la semaine par une réunion sensée faire l’état des lieux, attribuer une lettre à l’avancée des missions, afin de contrôler la charge de travail de chacun.
     Par exemple, une mission en « A » est une mission qui débute et pour laquelle on sacrifie ses yeux à faire des recherches sur l’ordinateur.
     Le « B » signifie que le consultant qui nous gère commence à nous emmerder à venir toutes les deux minutes dans notre bureau (qui ressemble donc à un hall de gare à la veille du 15 août) pour savoir si on a trouvé le Messie.
     La mission en « C » est celle que je préfère, puisqu’il est décrété qu’à ce stade, il y a encore du boulot, mais on ne réattribue pas de nouvelle charge.
     Enfin, la mission en « D » représente à elle seule tout le suspens possible pour un cabinet de recrutement : C’est le « D » de StanD-by. Une attente particulièrement stressante puisqu’elle précède la signature d’un contrat (si on est chanceux), ou le désistement d’un candidat (la plupart du temps). Elle a également le droit de durer plusieurs semaines, ce qui ne nous arrange pas, nous autre Chargées de Recherche (les petites mains), puisque notre augmentation de fin d’année est calculée sur la moyenne du temps écoulé entre le brief du début et la lettre « P » (qui vient après la mission en « D » naturellement), qui signifie « Pourvu » !!! Et la mission s’achève (« gling gling gling ! » les piécettes tombent dans le porte-monnaie).

     Donc, pour en revenir au sujet qui nous intéresse, Lundi a lieu la fameuse réunion, et ma mission Pelle à Tarte jusque là en « A », passe en « B ». C’est donc dans le courant de cette semaine que je devrais démarrer les appels téléphoniques.
     Mardi matin, La Chef me demande si je me suis exécutée. Non. Elle me réponds : « Qu’est-ce que vous attendez ?! On avait dit cette semaine !!! ». Inutile de vous préciser que j’adooooooore qu’on me parle comme ça. Je lui propose donc, pour calmer ses angoisses existentielles, d’aller jeter un œil dans mon dossier de mission, regarder mes pelles à tartes.

    Une heure plus tard, La Chef me convoque dans son bureau (jaimepasçajaimepasçajaimepasça…) et m’assène :

- Je suis effarée… Vous n’avez RIEN compris à ce que je vous ai dit. Vous avez consacré combien de temps à cette recherche ?! Trois minutes ?! Hein ?! Quels étaient les critères de cette mission ?!
- Euh… (j’ai dois trouver deux pelles à tarte en ce moment, et parfois, je ne me rappelle plus exactement laquelle fait quoi… là, sous l’effet du stress, mon intellect a revendu ses neurones a mes émotions) Une pelle à tarte… en argent… et, euh… avec des dents devant, pas trop usée ?!
- Oui, mais vous avez oublié le PRINCIPAL ! Elle doit avoir une expérience avec le cake aux fruits rouges !!!!!! Vous ne m’avez pas écouté !!! Et là, toutes les pelles à tarte que vous avez rattaché au projet n’ont jamais vu de cake aux fruits rouges de leur vie !!!!!!
- Aaah ! Oui, c’est possible, je n’ai pas encore vérifié leur background !
- Mais ça va pas ma pauvre ?! C’est pas comme ça qu’il faut faire ! (yeux exorbités)

(Là, il y a tout un passage ou j’essaye de lui faire comprendre que je fais la recherche sur le logiciel avant, et que je fais un écrémage après, et elle m’explique que je suis une idiote de ne pas faire l’inverse, ce qui revient à me dire de préférer blanc bonnet à bonnet blanc. Et comme je ne veux pas passer pour une idiote, je lui explique sur un ton bien plus cordial que le sien, l’intérêt ou la similarité qu’il peut y avoir à procéder comme je le fais)

- Comment osez-vous ?! Vous n’allez tout de même pas avoir le culot et la prétention de dire que vous connaissez mieux mon métier que moi ?! Alors vous allez faire comme je vous dit, sinon je m’adresse ailleurs !

     Évidemment, j’ai fait des courbettes et j’ai appliqué. Autant vous dire que je me contrefous de la forme, alors je vais exécuter. Mais je ne voulais pas passer pour une conne. Maintenant, je passe pour une insolente, je ne suis pas certaine d’avoir gagné au change.

     Le lendemain, je dois faire un nouveau point avec elle. J’arrive avec toute l’armada de cahiers, de CV, de tout ce qu’on peut imaginer, et je reste droite, claire, concise. Elle est presque satisfaite, détendue, un peu méprisante, comme à son habitude, n’accordant aucun crédit à ce que je lui dit. Passons, je ne souhaite pas m’éterniser dans son antre diabolique. Et là, sans préavis, elle me dit tout sourire :

- Qu’est-ce qu’il se passe, je vous sens tendue ?

…DANGER DANGER DANGER !!!!!!!!!!!

- Tout va bien.
- Non non, j’insiste, je vous sens tendue.
- Eh bien puisque vous insistez… Nos derniers échanges n’ayant pas été des plus cordiaux, je m’efforce de…
- …Oh écoutez vous n’avez pas été correcte, vous m’avez très mal parlé, il faut apprendre à reconnaître ses torts ! Alors, je me suis énervée, parce que vous me parlez comme à votre égale, alors que je suis Associée ici ! C’est tout de même un comble ! Alors SOURIEZ maintenant. Je ne peux pas travailler avec quelqu’un de tendue, je veux travailler avec quelqu’un qui sourit, sinon ça va mal se passer !!


    Je me demande jusqu’à quel point il faut être tordu de l’intérieur pour exiger de sourire sincèrement après ce qui s’est passé. Heureusement que Le Chef « Oui Chef ! », mon réel responsable hierarchique, est marié avec une ancienne Chasseuse du cabinet qui elle, subissait la foudre de la même Chef (en plus jeune) à cause de… la couleur de ses pochettes.

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