Depuis 1 mois, je travaille dans ce cabinet de recrutement qui se targue d’être un pionnier en termes de lutte contre les discriminations. Je devrais m’y trouver fière, d’autant que mes collègues sont presque tous psychologues de formation, et que pour une fois, la clique fraichement moulue des ESC est en minorité. A nous les grandes tirades intellectuelles ! A nous les sous-entendus psycho-paranormaux ! A nous, les mystérieuses élucubrations incompréhensibles ! A nous, à nous, les prises de tête, le trop-sérieux, et le manque d’humour !
Ma collègue de derrière (qui est la seule collaboratrice du bureau qui se trouve au même rattachement hiérarchique que moi, et que j’appelle comme cela pour ne pas être grossière) est une jeune bourgeoise de province, jupes sous-le-genoux et cheveux en carré propre tout-le-tralala. C’est une fille qui ne manque pas d’esprit. A côté d’elle, j’ai cette étrange impression d’être une dépravée qui ne pense qu’à rigoler et toutes mes plaisanteries tombent à l’eau - même mon inimitable imitation du furet contrit, c’est dire.
La semaine dernière, nous devions rencontrer un stagiaire pour nous aider dans nos missions. Nous recevons le jeune homme, et ma collègue me prévient qu’on va lui faire passer une mise en situation, style entretien téléphonique virtuel. On a pas inventé mieux pour terroriser des candidats. Je rechigne (moi aussi j’ai été stagiaire, il n’y a pas si longtemps), mais j’entre dans la pièce.
Ma collègue harcèle le jeune homme de questions, et bien qu’il lui prenne deux têtes et facilement 2 ans, il courbe l’échine sous l’assaut répété de la mini-peste à côté de moi. Je n’en rajoute pas, je crois qu’il a son compte. Là, elle lui annonce comme on propose une tasse de thé : « Vous allez passer un test de personnalité. Ca ne dure que 45 minutes. » il se décompose.
J’ai passé des années à apprendre la subtilité de la psychométrie (les tests, quoi) et s’il y a une chose délicate là dedans : la perturbation psychologique que cela engendre. Pour avoir des résultats interprétables, il faut être dans les meilleures conditions. Or ici nous sommes très loin d’une passation consentie, il s’agit d’une passation de contrainte. Ca me rappelle la grapho à laquelle on m’avait soumise (Brrrrr… je n’ai jamais eu le résultat, mais j’avais été embauchée..). Un test de personnalité, ça peut aller très loin et révéler des choses qui à mon sens, ne relèvent pas du domaine professionnel. C’est un peu comme de forcer un candidat à ouvrir son tiroir à chaussette avec un couteau sous la gorge. Pour un stage.
J’y pense, moi, si je devais passer un test, on découvrirait certainement que suis une paresseuse, que je manipule mon entourage professionnel, et que je passe mon temps sur Facebook…
En somme, jour après jour, je découvre qu’en sus de passer un temps fou à prendre des RDV, décommander des RDV, préparer les points client de ces divas de consultants… je bosse avec des psy… qui ne méritent pas leurs galons.
A vous l’antenne.