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WANTED: Mode d'emploi de la Vie. Etats d'âme sensibles et cyniques pour rigoler un peu et réfléchir beaucoup. Avertissement: La Maison ne sert pas de jus de Goyave. Merci.

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Enfance IV : La guerre des boutons

            Ce matin est le matin le plus important de ma vie. Hier soir en me couchant, je n’arrivais pas à décider si j’avais hâte d’être à demain ou si je le redoutais plus que tout. Je n’aurais jamais du pousser Paul dans ses retranchements, je crois finalement que je préférerais ne pas savoir et espérer indéfiniment en secret, plutôt qu’être certaine qu’il ne m’aime pas. Je me suis mise toute seule dans une situation que je ne suis pas prête à assumer ; j’ai joué la grande qui sait s’affirmer, mais en fait, mon arrogance s’est dérobée durant la nuit, et ne me portera plus secours cette fois-ci, je crois que je vais craquer. Et je serais seule dans cette épreuve, car il est certain qu’Adeline ne me soutiendra pas ; elle sera trop heureuse qu’il me repousse, en son fort intérieur. Lorsqu’il me dira qu’il ne m’aime pas, je serais seule contre l’humanité.

 

            Pourtant, cette nuit j’ai rêvé qu’il m’aimait. J’ai cru que je mourrais en rêve, tellement mon cœur battait. Et ce matin, je suis devant ma glace, à me débattre avec ces boutons que je voudrais voir disparaitre en les tripotant de plus belle. J’essaye de me mettre les cheveux devant ; j’ai l’air malin, franchement, avec mes pustules rouges et mes cheveux qui regraissent trop vite. Un jour peut-être, quelque scientifique au sexe faible inventera un shampoing « racines grasses, pointes sèches », et ma vie ne sera plus un enfer.

J’enfile un gros pull en laine tressé beige, un jean noir et mes baskets noires. Je me trouve moche, je voudrais disparaitre, mais ma mère va me forcer à entrer dans cet immeuble infâme où je serais encerclée par des adolescents cruels. Elle va me jeter dans la gueule du loup pour mon bien, car il faut s’instruire tant qu’il est temps. Moi, je me fiche d’assister aux cours. Tout ce que je voudrais, c’est que ces boutons disparaissent pour pouvoir relever la tête. Avant le cours de maths, Candice m’a surprise en train de pleurer la tête dans les bras. Elle m’a demandé ce qui m’arrivait – sans doute éprouvait-elle une forme de culpabilité à mon endroit suite à l’épisode fâcheux du cours d’anglais – et je lui ai confié la honte que j’éprouvais. Candice est presque une « cool », alors si elle me dit que ça ne se voit pas, ça va me réconforter. Elle me chuchote gentiment de relever la tête, ce que je fais. Elle me regarde, et part d’un grand éclat de rire au milieu de la classe : « Hannnn ! Mais tu bourgeonnes ! »

 

Assumer le poids des regards de la classe entière qui se retourne pour observer l’ampleur des dégâts, c’est encore possible. Sans pleurer, je n’en suis pas certaine. Je déglutis une dizaine de fois ; je crois que je vais vomir sur place, mais mon cœur est bien accroché et de toute façon, le cours a commencé. Je suis assise à côté de Candice, et jusqu’à la fin de l’heure, elle me parle de ses problèmes, que j’écoute avec bienveillance – et quelques moments de distraction à propos de mon visage déformé. Lorsque je remonte au rez-de-chaussée, j’ai l’impression que l’information m’a précédée alors je rase les murs.

Cet après-midi, nous allons au centre sportif, comment vais-je faire pour regarder Paul dans les yeux ?! Même si il a des sentiments pour moi, je suis certaine qu’il va se raviser en me voyant ! Et si je lui plais quand même, tant de personnes se moqueront de lui qu’il cèdera sous la pression et changera d’avis. C’est peut être mieux ainsi ; que ferais-je d’un petit ami, de toute façon ?! Je n’oserais jamais l’embrasser, j’ignore tout de la science du baiser. Et puis, tout comme les vraies No-Names, les baisers sont réservés aux gens populaires.

 

Je réussis à atteindre la place où nous attendons les bus sans croiser Paul. J’aimerais avoir une alliée dans cette affaire, mais Adeline me rejoint et essaye de me tirer vers les garçons ; elle ne comprend pas mes réticences : ça n’est pas le jour, je voudrais que l’on ne me voit jamais comme ça. De toute façon, mes pieds sont vissés dans le sol, mes jambes en coton, et il semble que mon cœur me soit remonté dans le cerveau pour jouer de la techno dans mes tympans. Je dois avoir le visage aussi rouge que mes boutons. Du coin de l’œil, je vois que Paul m’a vu. Il est avec Karl, qui l’abreuve d’un flot continu de paroles, et je les vois monter dans le car juste derrière Martine et ses amies.

 

Je ne sais pas ce que je hais le plus, moi, où la vie en générale.

 
 

9 février 1993 – J’ai rêvé de Paul cette nuit. Il m’aimait. Et la journée s’est mal passée. Il a été puni en gym, et durant le retour en car il s’est avancé d’un rang pour (comme pour) se séparer de moi. Devine où il s’est mis ? A côté (ou presque) de Martine après quoi il a regardé ses autocollants. Je parie qu’il l’aime. Surtout qu’il a été super sympa avec elle pendant la gym. Je le déteste. Pourquoi ? Pourquoi elle et pas moi ? Je redoute demain…

 

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A
Presque déprimant ce passage, tu trouves pas ?!J'ai pas grand chose à ajouter puisqu'on a tous ressenti ce sentiment de honte et d'avoir envie de se cacher dans un trou de souris .. Mais bon, t'as plus de boutons aoujourd'hui, point positif  =)
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L
... Hum, non certes... Mais je prends la pilule contre ça, alors maintenant je suis grosse...