Hier, tandis que j’œuvrais ardemment pour le compte de l’une des consultantes, mon poste se mit à sonner. Suspens. Habituellement, mon téléphone m’appelle exclusivement lorsqu’il doit m’annoncer davantage de travail ; son cri est donc pour moi un intense générateur de stress, puisque directement assimilé à une mauvaise nouvelle. Reflexe pavlovien de premier ordre. Je décroche le combiné, qui annonce par ailleurs un appel de Lotti – ma compagne d’infortune, en première ligne des appels entrant, rompue à la réception des dîtes nouvelles. Je perçois à son ton feutré qu’il se produit un événement assez inhabituel que je n’identifie pas encore, et elle me dit : « C’est quelqu’un pour toi, mais je ne peux pas te dire qui c’est… Je te le passe. » J’ai à peine le temps de rétorquer qu’il me faut un instant pour me préparer, et j’affronte l’imprévu (et je déteste ça, évidemment).
- Mademoiselle Louiz Duchmolle ?
- Euh… (très classe, le « euh… ») Oui, à peu près… (Moi c’est Dushmol, mais bon…) à qui ais-je l’honneur ?!
- Hervé Truc, je me permets de vous contacter car d’après nos informations vous êtes stagiaire… (etc etc)
En somme, Hervé Truc essaye de me la faire à l’envers. Il me sort le baratin intégral que j’assène 60 fois par jour à d’honnêtes employés qui n’ont rien demandé.
Hervé Truc me chasse. Moi. Je suis sciée !
Bilan de l’opération, je peux lui mentir là où il le ferait lui-même, je sais précisément ce
qu’il attend de moi, et je lui raconte n’importe quoi : Oui, je suis bilingue. Travailler à l’international… Pfff fastoche ! L’espagnol ? Rapidement actualisable. Evidemment que je mettrais un terme à mes études pour leur merveilleuse opportunité. J’ai toujours rêvé de faire moins bien que ce que je fais en ce moment, mais mieux payée. Le salaire… négociable, on va dire. De son côté, il refuse de me lâcher la moindre information sur la société, leurs critères de sélection, et je dois accepter de perdre deux heures d’entretien pour un poste qui ne me conviendra probablement pas. Mais c’est de bonne guerre, après tout, nous sommes sur la même planche pourrie !